animé par l'Atelier Val d'Aubois

Un bilan de notre activité >>> Actualités

en fait, nous avons bien fait de prévoir la bouée de sauvetage !


Vendredi 5 et samedi 6 novembre - ECRITS & NOTES

Spectacles et rencontre autour des VIES MINUSCULES de Pierre Michon et de l'auteur Guy Boley

Vendredi 5 novembre - 20 h 30 - La vie des frères Bakroot

spectacle interprété par Jean-Christophe Cochard et Philippe Fauconnier

Samedi 6 novembre de 14 h 00 à 18 h 00 - rencontre autour de Guy Boley auteur de FUNAMBULE MAJUSCULE, lettre à Pierre Michon

Samedi 6 novembre - 20 h 30 - La vie de Georges Bandy

interprété par Stéphane Godefroy et Thierry Gibault

Pierre Michon choisit pour sujets de ses Vies des hommes et des femmes de son canton natal, des « pays » qu’il a connus ou dont l’existence lui a été rapportée par des proches. Tous ruraux de la Creuse, ce département dont les campagnes sont ingrates au point d’avoir incité durablement ou périodiquement leurs habitants à l’exode : petits paysans et domestiques agricoles, bûcherons, maçons (comme leur illustre aîné Martin Nadaud qui, lui, a connu une vie édifiante politiquement, entre la Creuse et Paris) ou jeunes pensionnaires collégiens, comme Michon lui-même, qui ont confié à l’École publique leur destin pour sortir de la condition rurale.

« La province dont je parle est sans côtes, plages ni récifs ; ni Malouin exalté ni Moco n’y entendit l’appel de la mer quand les vents d’ouest la déversent, purgée de sel et venue de loin, sur les châtaigniers » (p. 13)1.

Les destins de ces Limousins ne sont pas ceux des figures d’aventures océaniques, ils sont continentaux et cantonaux. Ni palmiers, ni cocotiers, ils sont enracinés comme l’arbre repère du massif ancien, qui s’accommode des sols lessivés et froids. Les Vies minuscules sont des récits délibérément « contre-exotiques ».

On aurait tort aussi, en relevant la précision toponymique des lieux de ces vies, de penser que le recueil est une version contemporaine du récit régionaliste : ces hommes et ses femmes ont, littérairement ou sociologiquement, des frères, des soeurs ou des cousins chez Les gens de peu de Pierre Sansot (1992), dans La misère du monde de Pierre Bourdieu (1993). P. Michon, grand lecteur de Hugo, sait, de source inspirée, que les Misérables de tous temps et de tous lieux méritent littérature.

Comment le géographe peut-il lire ces Vies minuscules ? Il aura ici recours à ce cadre ancien mais souple de la géographie, « le genre de vie », parce que ces campagnes qui ne sont pas immédiatement actuelles sont les contemporaines de l’approche en termes de genre de vie que la géographie humaine vidalienne et ses missionnaires comme Albert Demangeon (1911 ; 1920) puis Aimé Perpillou (1940) ont justement développée en Limousin.

Cette grille issue d’une géographie rurale d’hier est-elle une effraction dans un texte de haute tenue littéraire ? Il

faut savoir que Pierre Michon est un grand lecteur, un dévoreur de bibliothèques, il a de la reconnaissance, voire de la tendresse, pour les savoirs et les savants d’hier : « Gaston Roupnel, Vidal de la Blache, l’abbé Breuil, Salomon

Reinach, Fabre, la génération des “barbichus” de la Troisième République. Je dis cela avec empathie : les positivistes je les adore. C’est un monde intellectuel qui n’est plus à la mode, mais qui a produit des choses admirables… ». Si le poète apprécie les positivistes nous disposons d’une sorte de blanc-seing !

L’oeuvre de Pierre Michon, faite de textes courts et denses, est élaborée en partie avec cette culture savante positiviste, l’autre partie étant évidemment la littérature, sacrée et profane. Et dans cette littérature profane rôde le fantôme de William Faulkner et de sa saga de ruraux pauvres et déjantés du Vieux Sud, où nous retournerons plus tard. Enfin sort de cette confluence du savoir et de lectures multiples un volume réduit, perlant parcimonieusement d’un alambic rempli de livres et de mémoires et porté à température par une parole incandescente, des mots de feu, revenus de plusieurs saisons en enfer.

Ces vies, ces existences ont été rurales, elles ont animé, tant bien que mal, ces paysages bosselés de massif ancien, où des blocs de granit émergent de l’arène, où les champs de seigle, les prairies maigres et les taillis de châtaigniers composent une mosaïque sans grâce pastorale. Ces Vies ont eu lieu : aussi elles s’inscrivent, jusqu’à l’enfermement, dans des lieux-dits, dits et habités, identifiés par un toponyme. L’habitat y est dispersé mais, derrière ce constat neutre, on devine un peuplement familial resserré, commensal, parents et enfants, patrons et commis, hommes et bêtes, une cellule domestique qui partage la même frugalité.

Jean-Louis Tissier

 

Guy Boley - Guy Boley est né en 1952. Après avoir fait mille métiers (ouvrier, chanteur des rues, cracheur de feu, directeur de cirque, funambule, chauffeur de bus, dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre) il a publié un premier roman, Fils du feu (Grasset, 2016) lauréat de sept prix littéraires (dont le grand prix SGDL du premier roman, le prix Alain-Fournier, le prix Françoise Sagan, ou le prix Québec-France Marie-Claire Blais). Son deuxième roman, Quand Dieu boxait en amateur (Grasset, 2018) a également remporté six prix littéraires et figurait sur la première liste du Prix Goncourt.

FUNAMBULE MAJUSCULE Avant d’écrire, Guy Boley a lu, énormément, en vrac et à l'emporte-pièce, comme tout autodidacte. Puis, un jour, un livre de Pierre Michon, Vies minuscules. Ebloui par ce texte, il est allé le rencontrer, il y a plus de trente ans, dans une librairie, lors d'une séance de signatures. Ils sont devenus amis. Quelques années plus tard, il lui écrit cette lettre, hommage non idolâtre dans lequel il compare le métier d’écrivain à celui qui fut le sien des années durant : funambule.
Qu’ont en commun l’auteur et l’acrobate ? Presque tout de ce qui rend la vie séduisante, dont ceci : chacun doit affronter le vertige, le vide, et le risque de la chute. Parce qu’il a su braver la peur et se relever après s’être brisé maintes fois, Pierre Michon mérite, aux yeux de Guy Boley, le titre de Funambule Majuscule. Il nous dit pourquoi. Mais pour illustrer son propos, il se livre également et partage avec nous ses souvenirs d’un temps où il risquait sa peau en traversant le ciel. Il raconte comment il grimpait des mètres au-dessus du sol pour s’élever et tendre ses cordes d’acier avant de se lancer, et nous invite sur les toits, les clochers, les hauteurs, à le suivre.
Déclaration d’amour, ce court texte est le plus intime de Guy Boley. Il y assume le je pour se confier, se raconter funambule, lecteur et prétendant auteur, mais aussi revenir sur ses rêves utopiques de jeune soixante-huitard ou la mort de son père. Avec une force et une poésie brutes, il nous livre ainsi une confession inédite et une réflexion profonde et terriblement juste sur l’écriture, la littérature, et la beauté que traquent ceux qui la servent encore.
La lettre est suivie de la réponse de Pierre Michon à Guy Boley.

Babelio

 

 


Mercredi 10 novembre 2021 - 20 h 30

Petit Mi Grand - par Aurachrome théâtre

Spectacle de théâtre musical et pictural - tout public

petit Mi GRAND raconte, par la peinture, la musique et les mots, l'épopée d'un jeune enfant en exil. li quitte sa famille. Après une traversée périlleuse, il découvre un pays en paix

 

Comme beaucoup, nous avons été marqués par ces images de presse terribles qui se succèdent dans l'actualité. Elles nous mettent face à la douleur de ces êtres humains. Quand c'est sur papier glacé et qu'on les lit en été sur une plage de méditerranée, elles nous mettent face à nos inactions personnelles. Quand on lit l'article qu'elles illustrent, on ressent comment collectivement, politiquement, nous sommes incapables de relier la détresse des corps aux grands mouvements du monde. Ce n'est pas de ces images mais de ces décalages qu'est né le désir de créer cette pièce de théâtre.

 

À une autre échelle, il y a Djeneba, Mohamed, Nour que Bastien a accueilli chez lui.

Il y a Betiel-Kiflemariam et Aman que Bérengère a accompagné dans leurs démarches administratives. Sur le chemin, comme tous les enfants du quartier, elle les a vus ramasser la neige, émerveillés. Leurs boules de neige, ils ne les font que d'une main, la droite, l'exact même geste qu'ils faisaient quelques mois auparavant pour manger le riz du grand plat collectif.

 

Ces enfants qui par nécessité, ou rêvent d'un avenir meilleur, décident de quitter leur pays et parfois leur famille, sont autant des êtres meurtris que des super héros.

C'est cet aspect, rarement présenté comme tel, que nous voulons questionner avec un public d'enfants, et notre capacité à accueillir l'autre et à ne pas le voir comme un ennemi. Comment dépasser  la peur et raisonner notre instinct de conservation ?

Nous souhaitons ouvrir ces champs de questionnement, sans donner de leçon de morale, sans faire peur. Comment brouiller les pistes, éviter une lecture univoque?

Revenir aux sources de l'image, avec ses accidents, ses repentirs, comme nous sommes allés puiser aux sources de notre imaginaire, dans les mythes antiques de l'exil, nos peurs primitives. La peinture en mouvement  se donne à voir à un public d'enfants habitué de plus en plus aux pixels, au « reset » qui permet de recommencer indéfiniment, où les actions n'ont pas de conséquence, de traces.

 

Comme les enfants de langues différentes qui s'inventent entre eux un langage par le jeu, une langue hybride, il s'agit d'imaginer une partition sensorielle entre des mots, de la peinture et du son. Ainsi nous avons cherché un langage protéiforme, capable de convier sur le plateau la poésie de l'imaginaire. Tenter de réincarner ce eux trop souvent mis à distance par les mots des discours, les photos, avec la matérialité sensible de la peinture et de la musique concrète.

Tout se construit devant les yeux des spectateurs, avec la présence rassurante des deux artistes. Pendant le spectacle, différentes expériences de l'espace sont éprouvées : immensité de la  mer, écran vide au large et les milliers de km parcourus, exiguïté dans le zodiaque surchargé. Immenses constructions des villes, petite cour d'école. Immenses pupilles écarquillées à la frontière, petite main qui invite à jouer.

Il en est de même à propos de la perception du temps: Comment grandit-on? Qu'est-ce qui nous fait grandir? Donner à percevoir le temps dans des durées différentes, subjectives.